Un bateau se trouve devant un port où l'un des passagers voulait aborder Il y va pour lui des plus hauts intérêts moraux et matériels, de revoir un père
mourant, par exemple, d'assister à un procés d'où dépend l'avenir des siens. Que sais-je ?... Des cas de peste ce sont produits sur le bateau. Les autorités de la ville interdisent le
débarquement par crainte de la contagion. Serait-il juste, serait-il acceptable de céder aux supplications du voyageur au risque de contaminer une cité de cent milles habitants ? Evidemment non.
Voilà donc une circonstance où la justice, où la charité exigent le sacrifice de l'intérêt individuel à l'intérêt général. Ce principe domine la société. Entre deux mesures dont l'une est
certainement utile à l'ensemble et pénible à tel individu, l'autre, agréable à cet individu mais nuisible à l'ensemble, la justice et la charité veulent que la première prédomine. C'est la
question qu'il faut poser à propos de toute insitution, pour en mesurer la valeur. Posez la pour le mariage indissoluble, etc ...
[...] Le Père Euvrard parle, par surcroît, de charité et de justice, espérant émouvoir de la sorte un tendre et noble coeur de femme. D'un langage plus sec et plus réaliste, la parabole du
navire, si on la continue, peut dévellopper et définir non des obligations mais les nécessités de la vie sociale et ses conséquences pratiques dans un sens et l'autre. Parce que vous nagez bien,
vous vous lancez hors du navire. C'est une solution. Elle ne peut avoir sa justesse, mais à condition que vous ne vous trompiez pas sur les risques que ce parti vous fait courir. L'eau peut vous
faire conduire à la terre : elle est moins sûre qu'un bon plancher de sapin. Vous pouvez aborder. Ne soyez pas surpris que le service sanitaire vous appréhende et vous mette en observation. Vous
échappez à la surveillance : convenez qu'il est juste que vous soyez dès lors contraint à vous tenir caché et, si la peste éclate par votre faute et que la populace vous malméne ou vous pende, si
l'on massacre vos parents et qu'on brûle votre maison, c'est pure et légitime succession du premier accroc que vous vous êtes permis de faire à la convention primitive. Quelques dommages que vous
imposât le séjour du navire ou le temps de la quarantaine, il est impossible de les comparer à tous ceux à tous ceux que vous pourrez souffrir, exposé seul à la perfidie de la mer et à la malice
des des hommes, hors la loi, desquels vous vous êtes placé.
L'Allée des philosophes
Charles Maurras
Par Godefroy de Bouillon
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Publié dans : Politique
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