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Vendredi 18 avril 2008

[...] Quelques dommages que vous imposât le séjour du navire ou le temps de la quarantaine, il est impossible de les comparer à tous ceux que vous pourrez souffrir, exposé seul à la perfidie de la mer et à la malice des hommes, hors la loi desquels vus vous êtes placé.
Problème de force et d'adresse ! dira t-on. Et chacun peut répondre qu'il se sent en effet assez adroit, pour se flatter de triompher par ses propres moyens. En fait, on l'a espéré une infinité de fois. En se compliquant la société met au service de l'individu des ressources de plus en plus nombreuses et variées. Il s'en sert conformément à la nature, pour échapper à la contrainte du navire et à la police du port. Le nombre de ces infractions individuelles semble s'accroitre à peu près nécessairement. Mais il ne semble pas que ce soit un très grand péril pour le navire ni même pour la population d port menacé. Il est rare en effet que ces infractions soient heureuses. Souvent les fugitifs se noient ou ils sont cueillis au rivage. Ils n'ont point tous la peste, ils ne la donnent pas toujours et, s'ils la donnent, c'est une malchance entre beaucoup d'autres ; elle porte en soi sa leçon. La nature se fait volontiers le gendarme de la société : des caractéres assez forts pour avoir reconstruit, maintenu et dévelloppé leur bonheur envers et contre tant d'obstacles multipliés, on peut dire qu'ils l'ont mérité et que leur faute initiale est parfois destinée à fonder quelque mystérieuse grandeur. Mandrin, Gaspard de Besse et Cartouche ont fini par être roué. Mais un autre larron, en se sauvant, en ouvrant un asile aux brigands de sa sorte, a fondé la société la plus ferme, la plus solide et la plus policée de l'histoire du monde : il s'est appelé Romulus. Je ne vois pas de difficulté à ce que des gens de sa force et de son bonheur puissent se sauver du navire : il sauron construire un autre plus beau.
A une condition pourtant. C'est que ce point de vue tout historique, tout pratique demeure ce qu'il est : un point de vue de fait. L'histoire consacre et, en quelque sorte, légitime les brigandages du nourrisson de la Louve. Mais l'histoire seule ; nullement la morale contemporaine de Romulus, ni la législation, ni la religion. Dès qu'un être humain s'est échappé du navire, il est moral, il est légal, il est religieux de l'abandonner aux effets de son imprudence ou de son audace. Ni la structure du navire, ni les institutions du port, ne sauraient être retouchés pour faciliter son chemin si des intérêts plus nombreux et plus certainement précieux que les siens doivent souffrir d'une pareille dérogation. Le sien lui même y perdrait sa valeur souveraine. Son évasion doit rester chose illégale et interdite ; son succés, même envié, quelque chose d'étranger à la loi, l'exception. Et celui qui vient de se placer hors la loi, devrait se faire un point d'honneur et presque un plaisir d'y rester. Il y a de la force d'âme à subir héroïquement une discipline cruelle. Il peut y en avoir aussi, dans certaines conditions, à en secouer le fardeau. Ce ne serait point là un mauvais sujet de dyptique : d'un coté, par exemple, la sublime résignation des mal mariés ; de l'autre, le courage de ceux qui osérent s'aimer contre la volonté du monde et les injonctions de la société,  "en libre grâce" comme disent les nihilistes, mais dans des conditions de fidélité et de dignité éternelles.
Les deux volets du diptyque, leurs deux régimes supposent également, au même titre, un monde, une société et des lois certaines qui ne plient point. Ôtez ces lois, ou énervez-les : les conditions du bonheur général sont détruites, et la vertu privée, comme le grand amour perdent aussi leurs ressorts essentiels. Ni éprouvés, ni exercés, les coeurs les mieux nés se conforment à l'extrême faiblesse des moeurs. On ne se sauve plus du vaisseau à la nage. On ne se risque plus. On aime plus à se risquer. L'occasion du risque elle-même a disparu. La rade a perdu sa profondeur, ses dangers. Le navire s'enfonce lentement dans ce marécage. A l'extrême facilité correspond et correspondra de plus en plus le progrés de la médiocrité générale. Et le plaisir s'abaissera des bassesses de la virtû [vertu, allusion à LA vertu du stoïcisme]

L'Allée des philosophes

Charles Maurras

par Godefroy de Bouillon publié dans : Politique
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Jeudi 17 avril 2008

Un bateau se trouve devant un port où l'un des passagers voulait aborder Il y va pour lui des plus hauts intérêts  moraux et matériels, de revoir un père mourant, par exemple, d'assister à un procés d'où dépend l'avenir des siens. Que sais-je ?... Des cas de peste ce sont produits sur le bateau. Les autorités de la ville interdisent le débarquement par crainte de la contagion. Serait-il juste, serait-il acceptable de céder aux supplications du voyageur au risque de contaminer une cité de cent milles habitants ? Evidemment non. Voilà donc une circonstance où la justice, où la charité exigent le sacrifice de l'intérêt individuel à l'intérêt général. Ce principe domine la société. Entre deux mesures dont l'une est certainement utile à l'ensemble et pénible à tel individu, l'autre, agréable à cet individu mais nuisible à l'ensemble, la justice et la charité veulent que la première prédomine. C'est la question qu'il faut poser à propos de toute insitution, pour en mesurer la valeur. Posez la pour le mariage indissoluble, etc ...
[...] Le Père Euvrard parle, par surcroît, de charité et de justice, espérant émouvoir de la sorte un tendre et noble coeur de femme. D'un langage plus sec et plus réaliste, la parabole du navire, si on la continue, peut dévellopper et définir non des obligations mais les nécessités de la vie sociale et ses conséquences pratiques dans un sens et l'autre. Parce que vous nagez bien, vous vous lancez hors du navire. C'est une solution. Elle ne peut avoir sa justesse, mais à condition que vous ne vous trompiez pas sur les risques que ce parti vous fait courir. L'eau peut vous faire conduire à la terre : elle est moins sûre qu'un bon plancher de sapin. Vous pouvez aborder. Ne soyez pas surpris que le service sanitaire vous appréhende et vous mette en observation. Vous échappez à la surveillance : convenez qu'il est juste que vous soyez dès lors contraint à vous tenir caché et, si la peste éclate par votre faute et que la populace vous malméne ou vous pende, si l'on massacre vos parents et qu'on brûle votre maison, c'est pure et légitime succession du premier accroc que vous vous êtes permis de faire à la convention primitive. Quelques dommages que vous imposât le séjour du navire ou le temps de la quarantaine, il est impossible de les comparer à tous ceux à tous ceux que vous pourrez souffrir, exposé seul à la perfidie de la mer et à la malice des des hommes, hors la loi, desquels vous vous êtes placé.

L'Allée des philosophes

Charles Maurras

par Godefroy de Bouillon publié dans : Politique
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Vendredi 11 avril 2008
 

Si tu ralentis, ils s'arrêtent
Si tu t'arrêtes, ils se couchent,
Si tu faiblis, ils flanchent
Si tu doutes, ils désespèrent,
Si tu hésites, ils reculent
Si tu critiques, ils démolissent ...
Si tu marches, ils courent,
Si tu cours, ils te dépasseront
Si tu pries... alors ils seront des saints.

par Godefroy de Bouillon publié dans : Scoutisme
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Mercredi 9 avril 2008

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être que penseur ;
Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils !

Rudyard Kipling

par Godefroy de Bouillon publié dans : Culture
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