Je publie ici le commentaire d'un internaute sur le site figaro.fr à un article portant sur Pie XII. Il sera
complété par quelques remarques qui sont miennes.
"Pie XII, silencieux et contreversé
Les archives sont ouverte depuis longtemps et les juifs eux-mêmes reconnaissent l'action de Pie XII et de l'église catholique en faveur des juifs. Il suffit
pour cela de lire le livre du rabbin Dalin.
Les faits historiques parlent d'eux-mêmes.
Alors aux ignares qui affirmerait que Pie XII fut silencieux ou controversé , je leur suggère de se renseigner sur les quelques points qui suivent.
Élu pape le 2 mars 1939 sous le nom de Pie XII, on pourrait se demander pourquoi Eugenio Maria Giuseppe
Giovanni Pacelli aurait eu besoin de rédiger une nouvelle encyclique dénonçant le nazisme alors que depuis 1930 Mrg Pacelli avait été le
secrétaire d''Etat de Pie XI et qu'il fut derrière toutes les grandes déclarations et dénonciations du nazisme faites sous ce pontificat ?
Pourtant, c'est ce qu'il fait sans attendre
en octobre 1939 dans "Summi Pontificatus" qui réaffirme la doctrine catholique de l'unité du genre humain (rappelant encore une fois le décret du Saint-Office de 1928 qui
condamnait « la haine contre le peuple jadis élu de Dieu »)
Est-ce cela être silencieux?
Ce qui est aussi faux, c'est de laisser croire que l'élection d'un nouveau pape annulerait tout ce qui avait été dit et écrit au par auparavant ? L'église est une et indivisible
et est surtout la continuité de Pierre.Un pape n'est pas un président d'une nation qui fluctue au gré d'élections. Un pape s'inscrit dans la vérité.Celle-ci ne change pas. C'est une
constante.
Dès lors, les paroles et les actes de ses prédécesseurs deviennent ses actes, au propre comme au figuré. Pie XII ancien secrétaire d'état de Pie XI et son successeur fut donc tout sauf
silencieux.
On sait tous que le « Mythe du XXe Siècle » qui est considéré comme l'ouvrage le plus important dans l'élaboration de la doctrine nazie, du théoricien nazi Alfred Rosenberg a été mis à l'Index
par l'Église en 1934 et que l'encyclique « Mit Brennender Sorge » publiée le 10 mars 1937 a condamné clairement et fermement le national-socialisme. C'était déjà l'oeuvre du
futur Pie XII.
En effet, en février 1937, Mgr Pacelli convoquait au Vatican le président de la conférence épiscopale allemande, le cardinal Bertram, et quatre évêques qui sont des amis personnels : Mgr von
Preysing (Berlin), Mgr Schulte (Cologne), Mgr von Faulhaber (Munich) et Mgr von Galen (Münster). Il fut décidé de rédiger un texte condamnant le national-socialisme. Une première version, oeuvre
de Faulhaber, fut durcie par Pacelli lui-même. Signée ensuite par Pie XI, imprimée secrètement en Allemagne, l'encyclique Mit Brennender Sorge (« Avec un souci brûlant ») fut lue en chaire, le 21
mars 1937, dans les 15 000 églises catholiques du pays.
Est-ce cela être silencieux?
On sait sans doute moins qu'en avril 1938, la congrégation romaine des séminaires et universités publia un Syllabus condamnant les théories racistes.
Ce Syllabus fut adressé aux établissements catholiques du monde entier. Il est déclaré dans le préambule que :
« les maîtres devront s'appliquer de tous leurs moyens, à emprunter à la biologie, à l'histoire, à la philosophie, à l'apologétique, aux sciences
juridiques et morales, des armes pour réfuter avec solidité et compétence les assertions insoutenables qui suivent :
l°) » Les races humaines, par leurs caractères naturels et immuables, sont tellement différentes que la plus humble d'entre elles est plus loin de la plus élevée que de l'espèce animale la plus
haute.
2°) Il faut, par tous les moyens, conserver et cultiver la vigueur de la race et la pureté du sang ; tout ce qui conduit à ce résultat est, par le fait même honnête et permis.
3°) C'est du sang, siège des caractères de la race, que toutes les qualités intellectuelles et morales de l'homme dérivent comme de leur source principale.
4°) Le but essentiel de l'éducation est de développer les caractères de la race et d'enflammer les esprits d'un amour brûlant de leur propre race comme du bien suprême.
5°) La religion est soumise à la loi de la race et doit lui être adaptée.
6°) La source première et la règle suprême de tout l'ordre juiridique est l'instinct racial
7°) Il n'existe que le Kosmos ; toutes les choses, y compris l'homme, ne sont que les formes diverses s?amplifiant au cours des âges de l'universel vivant.
8°) Chaque homme n'existe que par l'État et pour l'Etat. Tout ce qu'il possède de droit dérive uniquement d'une concession de l'Etat.
(Ces 8 propositions sont détestables, pardon de devoir les citer!)
Devant de telles condamnations claires que pouvait donc rajouter de plus Pie XII ?
Venir parler de juif ou non juif
aurait été réducteur puisque l'on parle des hommes sans aucune distinction de race justement. Pire, cela aurait été même une faute. Elle ne fut pas commise.
Silencieux dites-vous?
On oublie encore qu'avant d'être élu pape le cardinal Pacelli, alors Cardinal secrétaire d?État, adressa en vain, de 1933 à 1939, 45 notes de protestations au
gouvernement Allemand !
Est-ce cela être silencieux?
C?est toujours Mgr Pacelli avant mars 1933, qui négociera contre la volonté d'Hitler le concordat avec la nouvelle Allemagne (les précédents concordats passés par Länders n'étant
plus valables). Ce Concordat fut signé parce qu'en mars 1933 il y a eu la création du "Ministère du Reich pour l'éducation du peuple et de la propagande". Pour résister au nouveau régime, Pie XI
souhaitait ce concordat pour préserver les droits de l'église et des familles chrétiennes allemandes (en matière d'éducation et de mariage) où les Catholiques ne représentaient
que 32 % de la population qui se concentrait principalement en Bavière et en Rhénanie.
Il ne faut pas non plus oublier que c'est encore Mgr Pacelli qui un an avant ce Concordat, avait en 1932 présidé la conférence de Fulda qui interdisait aux Catholiques d'adhérer au Parti
national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP). Une preuve de plus de la dénonciation des idées nationales socialistes !
Est-ce cela être silencieux?
Pour finir, personne, pas même un juif contemporain de cette sinistre époque, n'aura oublié qu'en 1943 Pie XII compléta de 5 millions en or, la rançon qui fut extorquée par les Allemands
à la communauté juive de Rome en l'échange de ne pas faire de déportation.
Cette rançon n'ayant pas empêché les déportations Pie XII menaça de protester officiellement. Moyennant le silence du pape, l'ambassadeur von Weizsäcker obtint l'arrêt de la rafle : 4000
juifs romains furent sauvés, beaucoup trouvant refuge dans les couvents de la ville. La diplomatie vaticane, par des actions de ce type, a sauvé des centaines de milliers de personnes,
entre 1943-1944, en Italie, en Slovaquie, en Croatie, en Roumanie et en Hongrie.
Pie XII fut tout sauf silencieux et s'il le fut ce fut pour sauver des vies!"
Il faut ajouter que le grand rabbin de Rome se convertit au catholicisme à l'issue de la guerre. Ce qui est un signe de l'action du pape, sans
conteste. Il faut rappeler que le Vatican a servi avec l'accord tacite de Pie XII de refuge de nombreux juifs (voir le film La pourpre et le
noir). Il faut souligner que le monde littéraire historique est globalement d'accord sur l'action bénéfique de Pie XII. Mais il faut croire que condamner un pape est bien plus
vendeur que de dire la vérité.
Il faut lire cette citation de Albert Einstein : L'Église catholique a été la seule à protester
contre les assauts hitlériens portés à la liberté. Jusqu'alors, je n'avais pris aucun intérêt pour elle, mais aujourd'hui j'éprouve une grande admiration pour l'Eglise, qui seule a eu le courage
de se battre pour la vérité spirituelle et la liberté morale.
Il faut rappeler que pas un seul pays ni association n'a condamné ouvertement la
déportation des juifs. C'est tellement vrai que la plupart ne l'ont appris qu'à la fin de la guerre. En admettant que Pie XII eut été silencieux, c'est l'ensemble des silencieux qu'il
faut condamner.
A ceux qui affirment que des filières de fuite des nazis ont été mis en place par le Vatican, je répondrai que je n'en sais rien, et qu'avant de parler, il faut s'appuyer sur des preuves solides.
En la tenant par hypothése pour vrai, et sans aucune sympathie pour le nazisme, j'affirme que cela ne me choquerait pas. L'Eglise Catholique prône le pardon, et l'immense miséricorde divine
existe aussi pour les pires crimes de la terre. C'est pourquoi, lorsqu'à la fin de la guerre, les nazis ont été pourchassés, le Vatican les aurait laissé avec leur conscience, Dieu étant
meilleur juge que les hommes. Mais c'est par pur hypothése.
Enfin, il faut faire remarquer deux choses, à la fin :
- s'autoriserait-on de pareil critiques face à une décision d'une autorité juive ou musulmane ?
- les nombreuses campagnes de dénigrement de Pie XII ont une source : la haine anticléricale du communisme, qui voulait détenir le monopole de la résistance. En discréditant
l'action ecclésiastique, elle s'affirmait comme la seule résistante, ce qui lui donnait une aura immense. C'est la seule raison de ces films comme Amen qui ne sont que pur mensonge.
Encore une fois, je n'aurai de cesse de condamner l'ignorance dont résulte de pareils bêtises.
Aubert de P.
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